Lutte ouvrière dans le textile au Maroc
Dans la zone industrielle de Salé, ville dortoir de la capitale marocaine Rabat, des ouvrières du textile mène un combat
courageux pour leur emploi et leurs droits.
1 er aout 2008
La zone industrielle de Salé compte quelques dizaines d’usines de textile comptant quelques milliers de travailleurs, surtout des femmes. L’une de ces usines,
Samira Amis, est occupée par ses 250 travailleurs depuis début juillet. Dans une autre usine, Little Jean, deux femmes syndicalistes ont été licenciées le 5 juillet dernier. Les deux usines
appartiennent au même patron, Abdelwahed El-Drissi, un membre de l’USFP, le Parti socialiste marocain.
Nous avons rencontré deux ouvrières que nous appellerons Aicha et Khadija, des pseudonymes, car elles craignent des représailles si nous citons leur vrais noms.
Khadija (de l’usine Samira Amis, comptant 250 ouvriers et ouvrières) : « En mai dernier, le patron a pratiquement fermé l’usine faute de commandes. En juin, nous avons occupé l’usine. Le bureau
syndical avait appris du client que le patron refusait de nouvelles commandes. Les comités de vigilance du syndicat UMT (Union marocaine du travail, principale centrale syndicale) ont surpris des
camions avec des matières premières se diriger vers une 3ème usine du patron. Au bout de 3 jours d’occupation, le patron fait soudainement état d’une nouvelle commande. Un accord est conclu pour
la reprise du travail. Le patron s’engage à nous payer en octobre 2008 50% du salaire de juin et 70% de celui de mai. Mais par la suite, il s’avère que la commande se limite à une semaine de
travail. Depuis début juillet, nous organisons un sit-in à l’intérieur de l’usine. »
Tous les travailleurs de Samira Amice sont syndiqués. Une chose pas du tout évidente. Car au Maroc, beaucoup de patrons du textile ferment leur usine et la délocalisent (le plus souvent ailleurs
au Maroc) dès que les travailleurs se syndiquent.
Que cherche le patron ? Khadija : « Son but est de renvoyer les ‘anciens’ et de les remplacer par des jeunes, sans ancienneté et acquis. D’autres patrons font pareil. Ainsi la société allemande
BULTEL, située à quelques pas de là, s’est débarrassée de ses anciens et recrute maintenant des filles de 16 à 20 ans qu’elle paie 400 dirhams (40 €), loin en dessous du salaire minimum légal
(environ 1800 DH). »
Aicha travaille dans l’autre usine, Little Jean. La situation y a toujours été plus difficile, car seulement 2/3 des 150 travailleurs y sont syndiqués. Le patron n’y verse pas les cotisations
sociales à l’Etat qu’il retient pourtant sur les salaires ni sa propre part qu’il doit légalement verser. La direction de l’usine gère mal l’usine et se comporte de manière arbitraire envers les
travailleuses. Plusieurs ont été licenciées sans raisons. Dont deux membres du syndicat. Le but est d’effrayer les ouvrières et de liquider le syndicat.
Le travail dans le textile est difficile. Les travailleuses y bossent 44h par semaine pour un salaire de moins de 2000 DH (moins de 200€ par mois). Mais à beaucoup d’endroits, ce salaire minimum
n’est même pas respecté. A Samira Amice et Little Jean, les travailleurs ont droit à 21 jours de congés par an. Mais c’est le patron qui fixe les dates. Et les travailleurs sont mis au courant
parfois seulement 15 jours à l’avance. Et parfois ils sont rappelés pendant leurs congés.
Lorsque nous visitons le zoning en compagnie du responsable syndical local Abderrazzak El Drissi de l’UMT, nous remarquons que le patron a enlevé les plaques avec le nom des usines. Prépare-t-il
la fermeture ou la délocalisation ? Mais Aicha et Khadija, deux jeunes femmes, ne l’entendent pas de cette oreille et sont bien décidées à poursuivre courageusement le combat, avec leur
syndicat.
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander