MAROC. : LA CLASSE OUVRIERE DE OUARZAZATE FRAPPEE PAR LA CRISE

Publié le par Le Blog - la Voix Des Travailleurs - V.d.T.

12/10/2009

Maroc. La classe ouvrière de Ouarzazate frappée par la crise est dans la ligne  de  mire  du patronat    et  du gouverneur   de la province

 

Situation géographique

 

La ville de Ouarzazate est située  au sud est  du Maroc, au-delà du col du Tichka dans le Haut Atlas. Elle a connu un accroissement urbain rapide, sa population a triplé entre 1982 (17 200 habitants) et 2004 (56 616 habitants) et est estimée aujourd'hui à 60 000 habitants environ. Chef lieu de province, elle gère un périmètre irrigué, constitue un centre de commerce régional et un centre artisanal. De nombreuses mines -dont celle d'Imini- parsèment la région. Mais sa principale activité est le tourisme. Sa capacité hôtelière dépasse les 6 000  lits, et elle dispose en outre d'un Palais des congrès, d'un terrain de golf, grande tâche verte sur un plateau désertique!, de nombreuses banques, agences de voyage et de location de voiture.  Les environs offrent des paysages grandioses et une architecture de terre remarquable qui  sont non seulement prisés des touristes mais servent aussi de décors naturels à de nombreux films, complétant les studios  cinématographiques implantés dans la ville.

Syndicat et mouvement ouvrier

 

Depuis  1979 date de la création de la Confédération Démocratique du Travail (CDT) initiée au départ par les enseignants, la CDT compte aujourd'hui 38 sections sur la ville : secteurs publics, hôtellerie, sous-traitante, mines...

Le procès des mineurs d'Imini, qui s'est soldé par leur libération en 2002 après une importante campagne de solidarité nationale et internationale a fortement marqué la région.

Offensive patronale

 

Mais la crise mondiale est arrivée jusqu'à Ouarzazate. Déjà une baisse de 22% de nuitées a marqué le 1er trimestre 2009 (par rapport au 1er trimestre 2008). Et les premiers licenciements dans le secteur hôtelier et dans les entreprises de sous-traitance  interviennent très vite  : fermeture de l'hôtel Belère et licenciement de ses 120 ouvrières; licenciement du bureau syndical du secteur du nettoyage et de la surveillance (la crise a bon dos!).

La  CDT   a  pu  s'implanter dans   le secteur  de  la sous-traitance  et organiser les ouvriers (res) dans une unique section  syndicale des ouvriers  de l'hygiène et de la surveillance (SOGNO).

 

HOTEL BELERE OUARZAZATE :120 OUVRIERS dans la rue : leurs  familles  menacés  de famine  .

 

L’hôtel  Belère  a ouvert ses portes en 1990 et  emploie 120 Ouvriers(res) ; il est propriété de la  famille  Bargach,  un  célèbre propriétaire  foncier  qui  a  bénéficié de  plusieurs hectares de terrains de la part   de la mairie  de Ouarzazate  dans  le  cadre  des privilèges que  l’Etat Marocain  offre   aux  bourgeoisies  locales.

 

Le patron de l'hôtel Bélère a d'abord licencié   trois   membre du  bureau  syndical (le droit syndical à Ouarzazate a décidément peu de valeur) puis il a annoncé la fermeture   de hôtel  aux 120 autres employés, malgré le fait que le code  de travail  marocain  interdit  la fermeture   des  entreprises. Mais le patron de l'hôtel bénéficie de l'appui    du gouverneur   de  la province   de Ouarzazate  qui est  en principe  le président  de la commission  d’enquête  et  de  réconciliation qui s'est mise en place et  qui  devrait  provoquer  des négociations sur  les conflits sociaux comme le stipule  le   code  du travail.

Ces ouvriers sont en sit-in  permanent  devant  l'hôtel  Bélère depuis sa fermeture  il y a maintenant plus de huit mois.

 

Témoignage de M. et S, recueilli en avril 2009.

Ils ne reconnaissent pas les droits des travailleurs. Ca fait presque 20 ans qu'on travaille à l'hôtel et on n'est pas déclarées à la Sécurité sociale ni à la Mutuelle. Chacune d'entre nous est responsable de 36 chambres (la norme c'est 14). Tout ça pour 2000 dirhams par mois (180 euros) Quand l'hôtel est plein, on n'a même pas un extra. On n'est pas payées régulièrement. Quelquefois il faut attendre 3 mois pour toucher la paie. Du travail, il y en a mais ils ont fermé l'hôtel pour pouvoir supprimer le syndicat et licencier la moitié du personnel

 

 

les ouvriers de  la sous-traitance  traqués par l’administration  de l'hôpital  Sidi  Hsein Benacer et les  risques du métier.

 

Dés  leur  adhésion au syndicat   SOGNO le 18 avril  2009, les ouvriers(res) du nettoyage, sécurité  et gardiennage de l' hôpital  sidi  hseinbenaceur  sont  dans la ligne  de mire  du patron de la société de sous-traitance AINSI alliée à   l’administration  de  l’hôpital. Voici La chronologie  de leur tragédie :

→ 02mai 2008  : licenciement du  bureau  syndical et de 5 ouvrières travaillant dans le secteur de l'hygiène

→ 30mai 2008 : grève  de la faim  des ouvriers(res) devant l’hôpital .

→ 09juin 2008 le comité de réconciliation et d'enquête  décide le retour des ouvriers à leur poste de  travail, avec un nouveau contrat avec la nouvelle société sous-traitante la SOMASIL.

→  5 mois plus tard le bureau syndical est à nouveau licencié.

L'hôpital Sidi Hsein Benaceur, le plus grand  de  la province de  Ouarzazate,   reste  sans  surveillance et  sécurité ;le personnel et les malades sont   victimes d’actes  de vandalisme  et d'agression .

Quant aux ouvrières qui manipulent  des  déchets  sanitaires contagieux et du sang contaminé (hépatite, sida…), elles sont sans  couverture sociale et n'ont pas de mutuelle. .

 

Témoignage de L. et Z, recueilli en avril 2009. On a beau travaillé pour un hôpital, on n'a ni mutuelle ni assurance maladie. On travaille sans protection ni vaccination  Dans le nettoyage on travaille 3 heures par jour 7 jours sur 7 plus une garde de 12h chaque mois. Au total on gagne 700 dh par mois (64 euros environ)!

Ils veulent licencier 4 d'entre nous,  c'est pour casser le syndicat. On est 34 à faire ce travail et on est toutes syndiquées.

 

 

Les travailleurs ont compris que, face à cette  offensive   du patronat  appuyé par les autorités locales,   il fallait  combattre au coude à coude. Ils se mobilisent  ensemble, ceux de l'hôtel Bélere et ceux de l'hôpital , de nombreuses marches et rassemblements sont organisés depuis des mois  dans les rues de la ville et devant la Préfecture, cependant que les ouvrières et ouvriers licenciés sont en sit-in permanent devant l'hôtel Bélère et l'hôpital Sidi Hsein Benaceur .

Mais la résistance est dure, le sit-in permanent dans la rue éprouvant, les enfants ont faim et l'hiver très froid à Ouarzazate-  approche. Il faut parvenir à briser le silence du patronat et des autorités.  Les ouvriers ont besoin du soutien le plus large pour faire entendre leur voix.

 

Déjà, sur la ville les travailleurs peuvent compter sur la solidarité d'ATTAC, de l'AMDH et de certains partis politiques, mais la solidarité doit s'étendre.

C'est pourquoi le groupe de Ouarzazate d'ATTAC Maroc lance un appel à tous les syndicalistes et aux organisations altermondialistes, car à Ouarzazate comme ailleurs, ce ne sont pas les travailleurs qui doivent faire les frais de la crise. Les droits sociaux et syndicaux doivent être reconnus pour tous. 

 

 

 Source:

www.maroc.attac.org

Publié dans voixdestravailleurs

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